littlefunnyworld

jeudi, septembre 29, 2005

Breton, un air de terre


Bon c'est vrai j'avais dit que je ne mettrais pas de classiques et pour la poésie je m'aperçois que je n'ai mis QUE des classiques. Désolée mais en plongeant dans ma bibliothèque je n'ai trouvé que des auteurs connus et archi-connus, travaillés à l'école ou à la fac. Alors c'est vrai que c'est pas très original, mais j'essaie quand même de trouver des perles parmi cet amas d'anthologies que l'on connait déjà et qui n'a rien de novateur.
Sinon avec clélia, on a trouvé un concours de nouvelle sur le thème "la relation mère-fille", c'est très à la mode en ce moment et d'une banalité à faire pleurer. Peu importe nous allons relever le défi! Lol- Nous allons faire un concours de la nouvelle la plus stupide et la plus cliché. Toute histoire à l'eau de rose sera la bienvenue... Alors amateurs de série pour mémères et bonnes femmes si ça vous intéresse, à vos plumes! Il s'agit d'écrire la nouvelle la plus stéréotype et la plus ridicule possible! Bonne inspiration et surtout bonne rigolade!
Mais pour l'heure, je vous laisse avec Breton et cet extrait de Clair de terre.

La terre brille dans le ciel comme un
astre énorme au milieu des étoiles.
Notre globe projette sur la lune un
intense clair de terre.
"Le ciel"
Nouvelle astronomie pour tous
***************
********
Toujours la première fois
C'est à peine si je te connais de vue
Tu rentres à telle heure de la nuit dans une maison
oblique à ma fenêtre
Maison toute imaginaire
C'est là que d'une seconde à l'autre
Dans le noir intact
Je m'attends à ce que se produise la
déchirure fascinante
La déchirure unique
De la façade et de mon coeur
Plus je m'approche de toi
En réalité
Plus la clé chante à la porte de la chambre inconnue
Où tu m'apparais seule
Tu es d'abord toute entière fondue dans le brillant
L'angle fugitif d'un rideau
C'est un champ de jasmin que j'ai contemplé à l'aube
sur une route des environs de Grasse
Avec ses cueilleuses en diagonale
Derrière elles l'aile sombre tombante des plants
dégarnis
Devant elles l'équerre de l'éblouissant
Le rideau invisiblement soulevé
rentrent en tumulte toutes les fleurs
C'est toi aux prises avec cette heure trop longue jamais
assez trouble jusqu'au sommeil
Toi comme si tu pouvais être
La même à cela près que je ne te rencontrerai peut-être
jamais
Tu fais semblant de ne pas savoir que je t'observe
Merveilleusement je ne suis plus sûr que tu le sais
Ton désoeuvrement m'emplit les yeux de larmes
Une nuée d'interprétations entoure chacun de tes
gestes
C'est une chasse à la miellée
Il y a des rockings-chairs sur un pont il y a des bran-
chages qui risquent de t'égratigner dans la forêt
Il y a dans une vitrine rue Notre-Dame-de-Lorette
Deux belles jambes croisées prises dans de hauts bas
Qui s'évasent au centre d'un grand trèfle blanc
Il y a une échelle de soie déroulée sur le lierre
Il y a
Qu'à me pencher sur le précipice
De la fusion sans espoir de ta présence et de ton absence
J'ai trouvé le secret
De t'aimer
Toujours pour la première fois

jeudi, septembre 22, 2005

La tête dans les nuages


Et tu parcours le long chemin
Ultime souffle de ton jardin
Patience-Silence-Transparence
Essence d'évanescence
Ton corps te quitte
tu perds conscience
Et d'assurance en défiance
de méfiance en impatience
Ta vie t'envole, ta vie t'échappe
Ame immense
Et dans les contours de ton visage nuage
Ton corps te quitte
Heure d'inconscience
Et tu te meurs déjà de n'avoir pas vécu.

mardi, septembre 20, 2005

Fante, le déjanté

Voici un tout nouvel auteur que je viens de découvrir et que je vous conseille vivement... Ils'agit de John Fante, auteur américain de la seconde moitié du XXème siècle. Ses romans, comiques et grinçants sont pour une grande part autobiographiques. Dans Mon chien stupide, l'auteur s'attarde avec plaisir-et sadisme- sur la famille qu'il traite avec légèreté et cynisme. mais ne vous fiez pas aux apparences, derrière les crises de fou-rire et les franches rigolades se cachent des passages bouleversants d'émotion. Tenez voici un extrait de l'incipit. Lisez et jugez vous même!


"Dix minutes après, elle est arrivée sur la colline; les phares du break foraient des puits de lumière dans la tempête, puis ils ont zoomé sur moi et ma voiture garée près de la cabine téléphonique. Elle a klaxonné, sauté du break, puis couru vers moi en imperméable blanc. L'inquiétude écarquillait ses yeux.
-Tu vas avoir besoin de ça.
Elle a brusquement sorti mon calibre 22 de sous son manteau et l'a tendu par la vitre ouverte de la Porsche.
-Il y a une chose terrible dans la cour.
-Quoi?
-Dieu seul le sait
Je ne voulais pas de ce sacré revolver. J'ai refusé de le prendre. Elle a tapé du pied.
-Prends le, Henry! Il te sauvera peut-être la vie
Elle l'a brandi sous mon nez.
-Merde, qu'y a-t-il?
-Je crois que c'est un ours.
-Où?
-Sur la pelouse. Sous la fenêtre de la cuisine.
-C'est peut-être un des gosses.
-Avec de la fourrure?
-Quel genre de fourrure?
-De la fourrure d'ours.
-Il est peut-être mort.
-Ca respire.
J'ai essayé de repousser le revolver vers elle.
-Ecoute, j'ai pas la moindre envie de descendre un ours avec un calibre 22! Je vais me contenter de le réveiller et d'appeler le shérif.
J'ai ouvert la porte mais elle l'a refermée.
-Non examine-le d'abord. C'est peut-être rien du tout. Peut-être tout simplement un âne.
-Oh, merde. Maintenant c'est un âne. Ca a de grandes oreilles?
-Je n'ai pas remarqué.
J'ai soupiré et mis le moteur en route. Elle est retournée vers le break en courant, puis a fait demi tour. Comme il n'y avait pas de ligne blanche médiane, je suis resté près de ses feux arrière en roulant doucement au milieu des trombes d'eau.
Notre maison se dressait sur un acre de terrain, à une centaine de mètres de la falaise et de l'océan qui rugissait en contrebas. C'était ce qu'on appelait un "ranch" en forme de Y, bâti à l'intérieur d'un mur de ciment qui entourait complètement la propriété. Cent cinquante grands pins poussaient le long de ce mur et nous donnaient l'impression d'habiter en pleine forêt. L'ensemble ressemblait exactement à ce qu'il n'était pas-le domaine d'un écrivain à succès.
Mais tout était payé, jusqu'à la dernière pomme d'arrosage, et je mourais d'envie de bazarder tout ça pour quitter le pays. Faudra d'abord que tu me passes sur le corps, me défiait Harriet, si bien que je me distrayais souvent en imaginant ma femme gisant dans une flaque de sang sur le sol de la cuisine tandis que je creusais sa tombe près du corral, après quoi je sautais dans un avion d'Alitalia destination de Rome avec soixante dix mille dollars dans mon jean et une nouvelle vie sur la piazza Navona en compagnie d'une brune pour changer.
Elle était pourtant adorable, mon Harriet: vingt-cinq ans qu'elle tenait le coup à mes côtés; elle m'avait donné trois fils et une fille, dont j'aurais joyeusement échangé n'importe lequel voire les quatre, contre une Porsche neuve, ou même une MG GT 70."

John Fante, Mon chien Stupide

Apollinaire, mon amour

Bon après les poèmes de la semaine dernière en voici un aux accents plus connus, un incontournable et un grand classique. Il est extrait des poèmes à Lou de Guillaume Apollinaire, écrits au front pendant la première guerre mondiale... Un poème au goût de sang, et d'amour.

Si je mourais là-bas...
Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait commme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
************
**********
Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier
*************
*********
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
*************
************
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté
***********
*********
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
-Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur-
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
***********
*********
O mon unique amour et ma grande folie
*
**
La nuit descend
On y pressent
Un long un long destin de sang
Guillaume Apollinaire

vendredi, septembre 16, 2005

Un peu de poésie dans ce monde de brutes

Voici quelques poèmes qui m'ont pour le moins marquée, y a à boire et à manger, c'est étonnant, sympa, régalez vous... Ma préférence? Peut-être celui de Péret... A voir...
****
Le général nous a dit
le doigt dans le trou du cul
L'ennemi
est par là Allez
C'était la patrie
Nous sommes partis
le doigt dans le trou du cul
La patrie nous l'avons rencontrée
le doigt dans le trou du cul
La maquerelle nous a dit
le doigt dans le trou du cul
Mourez ou sauvez moi
le doigt dans le trou du cul
Nous avons rencontré le kaiser
le doigt dans le trou du cul
Hindenburg Reischoffen Bismarck
le doigt dans le trou du cul
le grand duc X Abdul-Amid sarajevo
le doigt dans le trou du cul
des mains coupées
le doigt dans le trou du cul
Ils nous ont cassé les tibias
le doigt dans le trou du cul
dévoré l'estomac
le doigt dans le trou du cul
percé les couilles avec des allumettes
le doigt dans le trou du cul
et puis tout doucement
nous sommes crevés
le doigt dans le trou du cul
Priez pour nous
le doigt dans le trou du cul
Benjamin Péret
******
Le Brigitte Fontaine de la poésie contemporaine.. Oui c'est trash, c'est complètement dingue...Et j'ai pas mis les pires!
*****
Henri Michaux... Sa poésie est drôle, originale, pleine de fantaisies et de bizarreries... C'est frais, c'est pas commun et ça pétille dans la tête! (^~^)
*****
Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur. Moi, non. J'aime mieux me battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le redécroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: "Mettez-moi donc un verre plus propre."
Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.
Henri Michaux

jeudi, septembre 15, 2005

Le dernier Houellebecq ou "la possibilité d'agacement"



On nous avait prévenu, Houellebecq allait récidiver...Pour tous ceux qui voulaient l'ignorer, l'auteur ultra médiatique a envahi les ondes et les antennes pour nous rappeler que oui oui son dernier livre allait sortir, charriant avec lui toutes les vieilles thématiques houellebecquiennes telles que le sexe, le sado-masochisme, les sectes (n'oublions pas que monsieur Houellebecq est un fervent partisan de Raël) et la vie morose du français moyen que nous connaissons tous. Car entre voyeurisme, sexe et débauche, l'auteur tente de rendre compte du schéma-type de vie de n'importe lequel d'entre nous. MARRE. Qu'on nous prenne pour des lecteurs moutonniers capables de dire amen à toutes les imbécillités littéraires qui peuvent se vendre. Certes, les particules élémentaires était en effet quelque peu prometteur, mais le souffle déjà retombé dans Plateforme a bel et bien disparu dans la possibilité d'une île. C'est grotesque, daubissimal et médiatique à souhait. A éviter, absolument..

samedi, septembre 10, 2005

Un petit pas vers l'imaginaire...

Amis lecteurs bonjour! Si vous en avez marre de lire toujours les mêmes daubes, si vous n'en pouvez plus d'entendre parler de Houellebecq, d'Angot et de Beigbeider, si Campus vous donne envie de prendre une aspirine, alors ce site est pour vous!
Bon ce site est tout nouveau, et j'ai beau avoir pas mal d'idées pour l'arranger, j'ai encore un peu de mal à les mettre en pratique! Alors patience, patience... En présentation, j'aimerai bien qu'il y ait une rubrique où n'importe qui puisse écrire ses propres histoires :!j'ai déjà lu les histoires de mes amis et vous êtes doués! si, si!(^-^) Il y aura peut-être aussi une rubrique pour faire des critiques qui vous ont plu, ou déplu... à voir mais pour l'heure je vous laisse avec le chevalier Bataille!


1342, un homme se débat dans une mare de fange.

L'action se situe en pleine campagne, déserte de monde, aux alentours, des champs. Le jeune homme est vêtu comme un paysan et est maculé de boue, il râle et peste mais ne parvient pas à se sortir du marais bouseux.

-Marauds, pleutres, manants ! Vous êtes tous des manants !hurle-t-il Farouches coquins ! Puisse votre larcin vous portez la cerise jusqu'à la fin de votre vie !

Il pousse un gros soupir, tout de suite suivi par de gros sanglots dans la voix.

-Non , mais non, mais c'est pas possible !S'enfuir de chez mon père avec la cassette familiale pour me la faire voler à quinze lieues de chez moi ! Oooooh c'est trop injuste ! Il renifle. Non vraiment, j'ai pas mérité ça. En plus sans biens, sans cheval, dans ces lieux insalubres, je suis voué à une mort certaine... Et sans parler de ces meutes de loups affamés qui n'attendent que de me bouffer tout cru. Un autre lourd sanglot.

-oh que je suis malheureux ! couine-t-il

Tout d'un coup une femme apparaît devant lui. Elle est grande, blonde et porte un habit entièrement blanc, comme une longue tunique de fée. Elle a une petite couronne en plastique très kitsch. Godefroy se met à siffler :

-Bien roulée !

-Tais toi bourse molle, ou je m'en vais te donner une claclaque !

-Ah ben là vous me coupez la chique, c'est pas une réponse convenable pour une si noble dame. Il murmure :

-Non vraiment la société va mal, les jeunes filles ne sont plus ce qu'elles étaient .

Elle ne relève pas.

-Je t'ai entendu couiner des confins de la contrée chevalier. J'ai donc décider de te venir en aide. Mon nom est Isulda, reine du royaume de la mare.

-Ben dites donc se sont bien foutus de vous les promoteurs du terrain, parce que franchement, niveau salubrité ça craint un max ici...Sans compter la sécurité, vous avez vu les loups qui rôdent dans le coin ? Oh et puis jdis ça, mais je parle même pas de cette boue qui vous englue jusqu'au cou, enfin s'il y avait que le cou, mais je sens rien en dessous de la ceinture et je vais vous dire une bonne chose, quand on sent plus son entrejambe c'est...

-Silence morgué, ou je m'en vais te pendre par la peau du cul au premier chêne du coin! C'est y pas possible de parler autant pour ne rien dire ! Isulda reprend son souffle et remet sa couronne en place. Elle reprend :

-Qu'est-ce qui t'amène chez moi chevalier ?

-Ben en fait je me suis peu enfui de chez moi, et puis euh, j'ai emprunté l'argent de mon paternel, mais j'allais lui rendre, c'était qu'une question de temps, et puis je me suis tout fait volé par une bande de vils couards que si jte les tenais moi jte les...

-Si je comprend bien tu as volé ton propre père ?

-ouais mais la situation était pas aussi facile que ce que vous avez l'air de croire ! On voulait m'obliger à épousailler Cunégonde Ronde-fesse, et ça... ah pouah, que nenni ! il crache par terre. Ah ça ouiche, hein merci bien, ptêt ben qu'elle avait le derrière cousu d'or, hein, mais les cicatrices de la vérole, les dents gâtées et l'air revêche c'est y pas les parents qui les auraient eus dans le lit... Et la dot hé ben ça fait pas tout. Sauf que les parents quand on a parlé de louis sonnants et trébuchants, ils ont commencé à lui donner dans le " ma bru ", et qu'importe ce que moi j'en pensais, j'avais qu'à obéir et puis c'est tout, et oui. Ben alors moi j'ai mis les bouts...

-Bon écoute moi bien, Godefroy. J'ai besoin de ton aide pour sauver quelqu'un. Si tu acceptes de me porter main forte, je te sortirai de ce trou boueux et te couvrirai d'or. En revanche, si tu refuses, les loups, les crapauds, les maladies pestilentielles s'abattront sur toi.

-...ouais.

-Et Cunégonde Ronde Fesse te retrouvera et te conduira à l'autel.

-C'est bon, c'est bon j'accepte, faut pas le prendre si à cœur. Bon c'est quoi comme genre de service ?

-Voilà chevalier, il existe au fin fond du royaume de Phallocratie le château du roi Sexiste premier, Roland pour les intimes. A cause de son attitude sexiste outrancière- voire carrément minable il faut bien l'avouer- une sorcière suffragette lui a jeté un sort et a transformé sa fille en féministe convaincue. Par quoi il ne se passe pas un jour dans ce terrible lieu sans que ne se fassent entendre les horribles beuglements du père ou les effroyables glapissements de la fille. Tu as donc pour mission de ramener la paix et la joie de vivre dans le château du roi Roland. Tel est ton devoir chevalier Godefroy Bataille, sache t'en montrer digne. Pour parfaire ta tâche, je t'enverrai une de mes plus fidèles consœurs : c'est une ancienne paysanne en voie de reconversion : elle s'apprête à devenir fée. Elle est un peu... Voyons comment dirai-je ? Rustique ? Mais elle t'aidera et t'appuiera au moment voulu. Des questions ?

-Ben rapport à la mission, qu'est ce que je suis sensé faire ? Non parce que si ça gueule tout le temps là bas, je vois pas trop ce que je pourrais y changer...

-tu comprendras en temps voulu, chevalier. Pour l'heure, bonne route et que la chance t'accompagne !

Et la fée disparaît aussi subitement qu'elle est apparue.

-Pfff ! pas la peine d'en faire trois caisses, eh l'autre, elle se croit où ? Chez Blanche neige ?

Il la mime de manière grotesque.

-chevaliiieer, telle est ta quèèèète...

-Ce n'est pas parce que tu ne me vois pas que je ne peux pas t'entendre !

Bataille sursaute : la voix très nette est impossible à localiser. Rouge et confus, il part précipitamment, se prend les pieds dans les racines d'un chêne et s'étale de tout son long non sans avoir juré et pesté.

Ainsi commence l'incroyable aventure du chevalier Bataille

Il parcourt des lieues et des lieues, toujours tout droit en se dirigeant vers le château du roi Roland. Il traverse des clairières, des vallées pleines et verdoyantes, encore moussues des dernières ondées. Tout d'un coup en aval d'une rivière, il rencontre un moine sur son âne pensif.

-Bien le bonjour frère prélat ! Je me présente : Godefroy Bataille défenseur de la veuve et de l'orphelin, et de sa propre peau-enfin c'est tout nouveau... Que faites vous ici, tout seul dans ce pays désert de monde ?

-Oooh béni soit le ciel qui t'as envoyé sur ma route! Je me nomme Médard et je suis frère dans une abbaye non loin d'ici. J'ai été promu prieur du royaume de Phallocratie, et je devrais déjà m'y trouver si cet âne stupide ne refusait pas d'avancer. Cela fait bien dix jours que je suis cantonné ici sans pouvoir bouger... Et j'ai tout essayer pourtant! La colère, la gentillesse, le bâton, la carotte... Rien à faire : Quod asinus est cretinus.

-Mmm ?

-Cet âne est un crétin.

-Oh. Euh eh bien du calme mon frère faut pas s'énerver comme ça, c'est rien qu'un âne ! Je vais vous trouver une solution moi.

-Vous pourriez peut-être le porter sur votre dos ?

-L'âne ?

-Non le curé d'Ars...Bien sûr l'âne ! Vous voyez quelqu'un d'autre à porter dans les parages, vous ?

-Ben c'est à dire que...

-Vous êtes chevalier ou vous êtes pas chevalier ?

-Si mais vous avez vu la taille de cette bête ? Il pèse combien ?120 kilos ?

-Oh je vois le genre...Chevalier auprès des dames et pour se faire payer le coup dans les tavernes mais après quand il s'agit VRAIMENT d'aider les gens, y a plus personne, enfin moi ce que j'en dis...

-Je ne vous permets pas, euh je...

-Bourse molle.

-Pardon ?

-Lopette.

-Dites donc vous je vous conseille pas de répéter ce que vous venez dire parce qu'il pourrait sérieusement vous en cuire...

-Lavette.

Les deux hommes se regardent. Un silence. Bataille se jette sur le moine mais n'a pas le temps de le frapper car des cris se font entendre, de plus en plus fort, de plus en plus près. Un petit homme trapu, rouge de colère et de confusion pousse de violents mugissements et s'arrache les quelques rares cheveux qui parsèment son crâne. Il est accompagné d'une jeune demoiselle, très grande et blonde et blanche qui avance auprès de lui d'un air renfrogné et maussade.

-Mais Douceline, je m'en vas crever d'amour pour vous ! Faut y donc que vous soyez teigne pour laisser vot' ptit’ Raymond dans cte état là sans même lui répondre!

-...

-Vous savez, je finirai que j'aurai votre amour par la force s'il le faut !

A ces mots Bataille dresse l'oreille

-Forcer l'amour d'une noble pucelle ? Oh ça manant ! T'ai-je bien entendu proférer des menaces à l'égard de cette jeune grâce ? Tu vas m'en rendre compte devant ces hommes et devant Dieu. Que trépasse si je laisse cette demoiselle en détresse !

-Bien ce que je disais... marmonne Médard

Bataille jette un regard noir au moine et se tourne vers le paysan. Respirant un grand coup, il s'élance vers lui avec toute la rage de celui qui n'a jamais combattu. Petit Raymond-puisque tel est son nom- esquive ses attaques minables et l'assomme d'un bon coup de poing. Mais ce dernier a trouvé une cible de choix pour décharger sa colère, et lui assène de violents coups avant même que le chevalier ait pu dire ouf. Une fois le malheureux à terre, il saute sur lui à plat ventre façon catch. Il est sur le point d'aller le pendre par les pieds au chêne le plus proche quand la jeune fille déclare d'une voix sereine et lasse :

-C'est y bon. Va encore falloir que je foute sa raclée au Raymond !

Elle s'avance d'un pas ferme et décidé vers le paysan, lui fait lâcher le chevalier qu'il tenait à califourchon sur son épaule d'un bon coup de poing. Puis d'une simple baffe, elle l'envoie au pied du chêne, tout assommé.

-Jt'avais ben dit de plus recommencer tes scènes ridicules ! Ma non faut toujours que tu t' donnes en spectacle. Et pis tu dis « je recommencerai p'us ! je recommencerai p'us ! » et c'est toujours la même chose : faut que jte colle des châtaignes pour que tu te calmes. C'est y donc pas terrible !

Puis elle se tourne vers Bataille et Médard, tous deux ébahis.

-Faut pas ly' en vouloir, c'est pas un méchant homme, meuh il est bête, c'est tout. Tenez, j'ai beau ly' dire qu'y a rien à faire, que je veux pas de son amour, il s'entête, c'est p'us fort que lui! Oh à propos, dame Isulda m' a demandé de vous protéger rapport à de mauvaises affaires qui pourraient vous arriver d'ici le royaume de Phallocratie. Jme présente, je m'appelle Douceline, dite " Douceline la maligne ", chui paysanne sur les terres de la dame du Marais.

Bataille et Médard disent en canon d’une toute petite voix :

-Enchanté.

-Enchanté.

Médard ajoute :

-Ma petite j’ai besoin de votre aide… Voilà… Mon âne refuse d’avancer mais je ne veux pas pour autant l’abandonner ici, j’y suis tellement attaché… Nous avons vécu beaucoup de choses ensemble vous comprenez . Ce me serait un vrai crève-cœur de m’en séparer et – montrant Bataille- j’ai bien essayé de demander à cette espèce de mollusque mais…

-EH !Faites gaffe à ce que vous dites vous!

-mais il ne peut pas porter mon âne et je me disais que peut être vous…

-C’est y donc cte bougresse de mule qui vous empêche de continuer vot’ chemin? Ma jm’en vas te la faire avancer moi !

-Allez-y doucement quand même, murmure Médard, Athanase est un âne sensible…

Douceline court vers l’âne l’attrape par la queue, et le fait tourner comme un jouet au grand étonnement de la bête qui se met à brailler de peur.

-Doucement, DOUCEMENT !!!!!!!!! braille Médard de concert

Une fois qu’elle le relâche, l’âne encore bleu de peur avance et obéit. Et l’étrange trio reprend son périple, laissant petit Raymond encore tout assommé au pied de son arbre.

Pendant ce temps au château du roi Roland….

Pendant ce temps au château du roi Roland se déchaîne une tempête de tous les diables. Une fois de plus le père râle après sa fille.

-MORTE COUILLE ! rugit-il. Cela ne se passera pas comme ça chez moi ! Mettre tous mes gens de maison aux cuisines et à la vaisselle passe encore, mais m’obligeailler à recoudre moi même ma culotte et mes hauts de chausse voilà qui dépasse les bornes !

Il déambule dans la salle d’apparat sans rien sur le dos, les fesses à l’air. Sa fille arrive, tout étonnée de trouver son père cul nu dans la salle du trône.

-Que signifie mon père tout ce remue-ménage ? A porter haut la voix comme vous le faites, l’on vous entend meugler jusqu’aux confins de la Chine, pour le moins.

-Et que l’on m’entende jusqu’en enfer cela ne me fait rien tant que je ne serai pas entendu chez moi ! Avec vos idées plus farfelues et plus fantasques les unes que les autres vous avez mis mon château à feu et à sang ! Il ne se passe pas un jour sans que je n’aperçoive un valet recevoir une correction de sa suivante et jusqu’à ce matin où Toinette a fait pleurer petit Jean. Et devrais-je ne rien dire et resté là, muet comme un moine trapu ?

-Trappiste.

-Quoi ?

-Trappiste pas trapu. On dit muet comme un moine « trappiste ».

-Eh trapu, trappiste, quelle importance ? N’est-ce pas là la même chose ? Tu es bien comme feue ta mère-paix à son âme- toujours à quereller sur le sens des mots, mais de sens commun ah ça je ne t’en vois goutte !

-Mais enfin mon père, allez vous vous décidez à me dire ce qui se passe, et pourquoi diable en plein hiver, dans ce lieu mal chauffé vous amusez-vous à vous promener en tenue d’Adam ? Car enfin voilà une tenue qui ne sied guère à un roi devant ses gens.

-Mais je m’en vais te le dire, moi pourquoi je n’ai point de culotte ! C’est encore un coup de cette misérable Toinette ! Pour me punir de ne pas lui avoir accordé ce qu’elle me demandait, elle a décidé de ne point reprisailler mes vêtements ! Voilà ce qui se passe !

-Eh bien père, je ne vois là rien qui mérite de crier comme un goret à l’abattoir.

-Comment ?

-Accordez donc à Toinette ce qu’elle vous demande et qu’on n’en parle plus !

Le père est sur le point de sortir de ses gonds, lorsqu’un grand gaillard sort par une petite porte dérobée. C’est un homme robuste d’un mètre quatre-vingt environ qui porte un tablier blanc maculé de tâches et un grand mouchoir à carreaux -tâché également- sur la tête. Le roi la bouche ouverte ânonne de surprise :

-Chevalier Aymeric ?

Ce dernier se tourne vers la princesse et déclare machinalement :

-J’ai fini de récurer les douves. La princesse lui sourit.

-C’est très bien mon ami, je vous en félicite.

-….

-Eh bien qu’attendez-vous chevalier ? Toinette m’a dit qu’il lui restait des montagnes de vaisselle du dîner d’hier soir. Allons, allons, dépêchez-vous d’aller l’aider, elle aura bien besoin d’un coup de main.

Le chevalier lui lance un regard torve, semble lui obéir puis se retourne brusquement :

-Dites à propos de notre petit marché…

-Oui.

-Euh… Oui parce qu’il faudrait voir que chui là depuis maintenant un mois et que je trime plus qu’une bande de galériens. Tenez regardez mes mains à force de frotter, laver, éplucher… elles sont toutes calleuses !

-Je constate, chevalier, que vous êtes moult vaillant à la tâche, et Toinette m’a encore dit hier soir combien vous lui êtes utile.

-Non mais parce que faudrait voir qu’on avait dit fifty/fifty quoi… Je faisais quelques tâches ménagères et pis euh… ben en échange je vous épousais quoi.

-Oh là comme vous y allez ! Chevalier ne précipitons pas les choses ! Nous nous connaissons à peine depuis un mois et c’est fort peu pour un sacrement comme le mariage.

-Comment c’est fort peu ? Ca commence non ? C’est que je tiendrais pas dix ans au même régime moi !

-Allons, allons, ne nous énervons pas, tout de suite les grands mots…

-Tenez c’est bien simple : soit vous m’épousez soit je pars !

Un long moment de silence.

-Très bien ! Puisqu’on ne me retient pas, je pars ! J’en ai ras le bol de bosser comme un esclave !Jetant son tablier :

-Oh et pis tiens, je vous rends mon tablier, et je ne vous souhaite pas le bonsoir !

Puis dignement, il se dirige à grandes enjambées vers la porte qu’il est sur le point de franchir lorsqu’il s’aperçoit qu’il a toujours son mouchoir sur la tête. Il s’arrête, l’arrache avec colère, le jette en travers de la pièce et tente un regain de dignité en faisant une moue de mépris. Il sort et claque la porte.

Ambiance orageuse. Le père se contient difficilement.

-Et un de plus. Je suppose que tu as pour ambition d’épuiser tous les prétendants de la région ? Cunégonde ne relève pas et déclare avec indifférence :

-C’est surtout pour Toinette que ça m’ennuie, il va beaucoup lui manquer. C’est qu’il abattait du boulot… C’est même le seul qui ait accepté de sortir les poubelles et de récurer les latrines. La vérité, ça me fait de la peine pour elle.

Le père regarde longuement sa fille avec l’air de dire : « ça va barder ».

-C’est inadmissible !!!!Mais tu es folle ! Elle est folle ! Ma fille est folle ! Mais tu ne te rends pas compte que si tu les éconduis tous, pauvre sotte, tu vas finir par te retrouver seule ?

A ce moment là, petit Jean rentre dans la salle, un cocard à l’œil gauche.

-Messire…

-Vois, regarde l’effet désastreux de ta permissivité envers le personnel féminin ! Et ça se dit féministes, chiennes de garde ? Des furies oui !

-C’est vrai que Toinette ne vous a pas raté petit Jean… Mais aussi pourquoi avoir tenté d’exiger d’elle ses faveurs alors qu’elle vous les refusait ?

-Mais c’est moi qu’ai pas voulu ! Elle vous a dit le contraire ? Ah ouiche hein , ben elle est forte celle là ! C’est moi qu’ai refusé, et c’est moi qu’on a cogné ! Il marmonne :

-Y en pas pour longtemps avant que je quitte ce château de fou, moi…

La princesse surprise tente de changer de sujet, elle se racle la gorge et ajoute :

-Bon je verrai cela avec elle. Qu’est ce qui vous amène petit Jean ?

-Ben y a des visiteurs à la porte qui demandent à être reçus… Un certain chevalier « Bateau » ou « Bataille » chai plus…Fin, il est accompagné d’un moine qu’a l’air teigneux, et d’une fille qui a défoncé la porte d’entrée parce qu’elle croyait qu’on voulait pas leur ouvrir.

-Encore un qui va me demander ma main uniquement pour avoir la dot qui m’accompagne. Fais les rentrer.

Fin du premier épisode