Fante, le déjanté
Voici un tout nouvel auteur que je viens de découvrir et que je vous conseille vivement... Ils'agit de John Fante, auteur américain de la seconde moitié du XXème siècle. Ses romans, comiques et grinçants sont pour une grande part autobiographiques. Dans Mon chien stupide, l'auteur s'attarde avec plaisir-et sadisme- sur la famille qu'il traite avec légèreté et cynisme. mais ne vous fiez pas aux apparences, derrière les crises de fou-rire et les franches rigolades se cachent des passages bouleversants d'émotion. Tenez voici un extrait de l'incipit. Lisez et jugez vous même!
"Dix minutes après, elle est arrivée sur la colline; les phares du break foraient des puits de lumière dans la tempête, puis ils ont zoomé sur moi et ma voiture garée près de la cabine téléphonique. Elle a klaxonné, sauté du break, puis couru vers moi en imperméable blanc. L'inquiétude écarquillait ses yeux.
-Tu vas avoir besoin de ça.
Elle a brusquement sorti mon calibre 22 de sous son manteau et l'a tendu par la vitre ouverte de la Porsche.
-Il y a une chose terrible dans la cour.
-Quoi?
-Dieu seul le sait
Je ne voulais pas de ce sacré revolver. J'ai refusé de le prendre. Elle a tapé du pied.
-Prends le, Henry! Il te sauvera peut-être la vie
Elle l'a brandi sous mon nez.
-Merde, qu'y a-t-il?
-Je crois que c'est un ours.
-Où?
-Sur la pelouse. Sous la fenêtre de la cuisine.
-C'est peut-être un des gosses.
-Avec de la fourrure?
-Quel genre de fourrure?
-De la fourrure d'ours.
-Il est peut-être mort.
-Ca respire.
J'ai essayé de repousser le revolver vers elle.
-Ecoute, j'ai pas la moindre envie de descendre un ours avec un calibre 22! Je vais me contenter de le réveiller et d'appeler le shérif.
J'ai ouvert la porte mais elle l'a refermée.
-Non examine-le d'abord. C'est peut-être rien du tout. Peut-être tout simplement un âne.
-Oh, merde. Maintenant c'est un âne. Ca a de grandes oreilles?
-Je n'ai pas remarqué.
J'ai soupiré et mis le moteur en route. Elle est retournée vers le break en courant, puis a fait demi tour. Comme il n'y avait pas de ligne blanche médiane, je suis resté près de ses feux arrière en roulant doucement au milieu des trombes d'eau.
"Dix minutes après, elle est arrivée sur la colline; les phares du break foraient des puits de lumière dans la tempête, puis ils ont zoomé sur moi et ma voiture garée près de la cabine téléphonique. Elle a klaxonné, sauté du break, puis couru vers moi en imperméable blanc. L'inquiétude écarquillait ses yeux.
-Tu vas avoir besoin de ça.
Elle a brusquement sorti mon calibre 22 de sous son manteau et l'a tendu par la vitre ouverte de la Porsche.
-Il y a une chose terrible dans la cour.
-Quoi?
-Dieu seul le sait
Je ne voulais pas de ce sacré revolver. J'ai refusé de le prendre. Elle a tapé du pied.
-Prends le, Henry! Il te sauvera peut-être la vie
Elle l'a brandi sous mon nez.
-Merde, qu'y a-t-il?
-Je crois que c'est un ours.
-Où?
-Sur la pelouse. Sous la fenêtre de la cuisine.
-C'est peut-être un des gosses.
-Avec de la fourrure?
-Quel genre de fourrure?
-De la fourrure d'ours.
-Il est peut-être mort.
-Ca respire.
J'ai essayé de repousser le revolver vers elle.
-Ecoute, j'ai pas la moindre envie de descendre un ours avec un calibre 22! Je vais me contenter de le réveiller et d'appeler le shérif.
J'ai ouvert la porte mais elle l'a refermée.
-Non examine-le d'abord. C'est peut-être rien du tout. Peut-être tout simplement un âne.
-Oh, merde. Maintenant c'est un âne. Ca a de grandes oreilles?
-Je n'ai pas remarqué.
J'ai soupiré et mis le moteur en route. Elle est retournée vers le break en courant, puis a fait demi tour. Comme il n'y avait pas de ligne blanche médiane, je suis resté près de ses feux arrière en roulant doucement au milieu des trombes d'eau.
Notre maison se dressait sur un acre de terrain, à une centaine de mètres de la falaise et de l'océan qui rugissait en contrebas. C'était ce qu'on appelait un "ranch" en forme de Y, bâti à l'intérieur d'un mur de ciment qui entourait complètement la propriété. Cent cinquante grands pins poussaient le long de ce mur et nous donnaient l'impression d'habiter en pleine forêt. L'ensemble ressemblait exactement à ce qu'il n'était pas-le domaine d'un écrivain à succès.
Mais tout était payé, jusqu'à la dernière pomme d'arrosage, et je mourais d'envie de bazarder tout ça pour quitter le pays. Faudra d'abord que tu me passes sur le corps, me défiait Harriet, si bien que je me distrayais souvent en imaginant ma femme gisant dans une flaque de sang sur le sol de la cuisine tandis que je creusais sa tombe près du corral, après quoi je sautais dans un avion d'Alitalia destination de Rome avec soixante dix mille dollars dans mon jean et une nouvelle vie sur la piazza Navona en compagnie d'une brune pour changer.
Elle était pourtant adorable, mon Harriet: vingt-cinq ans qu'elle tenait le coup à mes côtés; elle m'avait donné trois fils et une fille, dont j'aurais joyeusement échangé n'importe lequel voire les quatre, contre une Porsche neuve, ou même une MG GT 70."
John Fante, Mon chien Stupide

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