littlefunnyworld

lundi, décembre 19, 2005

Journal d'une initiée


L.O.O.S.E.R. Y a des jours comme ça... A force de se cogner aux murs on en finirait presque par en avoir des bleus à l'âme. Marre de ses situations caricaturales qui n'arrivent que dans des sitcoms à la con, marre de devoir toujours effectuer le même chemin, comme Sisyphe et son caillou. Une énorme lassitude qui vous envahit des pieds jusqu'à l'âme, qui vous paralyse, enfin. Essayer de ne plus bouger pour voir ce qu'il adviendra ensuite. Peut-être qu'on se transformera en un énorme rocher, de la taille de ceux qu'il nous faut supporter, de ceux que l'on porte, inlassablement, au coeur. Juste fermer les yeux et ne plus les rouvrir, ou les fermer sur ce que l'on ne veut plus voir. Faire comme l'infatigable voyageur de Baudelaire, s'abandonner "aux nuages", là-bas, "au loin, aux merveilleux nuages"...

dimanche, décembre 18, 2005

L' âme russe








Cette semaine, place à de nouvelles découvertes poétiques qui nous dévoilent les steppes et les neiges slaves... J'ai retrouvé au fin fond de ma bibliothèque une anthologie de poèmes russes, et je dois dire que les poèmes de Lermontov m'ont particulièrement touchée. Alors en ces temps de fin d'année, laissons nous gagner par cette étrange force mélancolique propre à la littérature russe...
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"Oh! non ce n'est pas toi que j'aime avec ardeur,
L'éclat de ta beauté ne m'éblouit plus guère,
Mais je chéris en toi mon ancienne douleur,
Ma jeunesse perdue et qui me reste chère.
*
Si je plonge parfois mon regard dans le tien,
Et si sur toi mes yeux viennent errer sans cesse,
Si je m'absorbe ainsi dans de longs entretiens,
Non ce n'est pas à toi que mon âme s'adresse.
*
Mais je parle à l'amie émouvante d'antan,
Je cherche en ton visage une image secrète,
Le feu des yeux éteints dans ton regard vivant,
sur ta bouche, une bouche à tout jamais muette..."
*
1841, Michel Lermontov, Le songe
***
"Je l'aime mon pays, d'un amour si puissant
Que la froide raison ne le pourrait comprendre,
Car ni la gloire acquise au prix de notre sang,
Ni l'orgueil confiant, ni les vieilles légendes
Ne peuvent m'inspirer de rêves apaisants.
Mais sans savoir pourquoi, seuls cependant m'émeuvent
Les steppes, leur silence étrange et souverain,
Les ondulations de ces forêts sans fin
Et, pareil à la mer, l'estuaire des fleuves.
J'aime les cahots de la télègue en voyage
Quand, dans l'obscurité, cherchant un vain regard
Un asile, je vois luire le brouillard
Quelques feux triomphants en de tristes villages;
J'aime ces champs roussis, leur légère fumée,
Une steppe où bivouaque un nomade charroi,
parmi tant de blondeurs, la colline embrumée,
Et le couple isolé de pâles bouleaux droits.
J'éprouve un vrai bonheur à voir la grange pleine,
L'isba au toit de paille, aux volets décorés;
Le soir, jusqu'à minuit, je voudrais admirer
A la fête rustique une danse ancienne,
Les pas et les propos des moujiks enivrés...
1839, Le pays natal

La citation de la semaine...


"Quand j'aurai les trois quart du corps dans la tombe, je dirai ce que je pense des femmes, puis je rabattrai vivement sur moi la dalle du caveau."
Léon Tolstoï :) J'adore...

mardi, décembre 06, 2005

Galerie de Noël








"I wish you a merry christmas...", on connaît tous la chanson. Mais en ce moment c'est particulièrement d'actualité. Alors j'ai déniché un site sympa qui fait des vignettes de BD humoristiques sur noël: http://achachichou.free.fr/fêtes/noel/humournoel.htm
Sincèrement si vous avez le temps, allez y faire un ptit tour C plutôt marrant.

Quand aimer est tout un art


Hey! Cette semaine jme suis replongée dans les classiques! Et devinez ce que j'ai déniché! L'art d'aimer d'Ovide. Alors je vous vois venir, vous devez penser que c'est encore plus ennuyeux que d'habitude, voire encore plus ennuyeux que l'article sur Bonnefoy (si si C possible). Mais non, ce bouquin, c'est l'art de la drague en quelques leçons before Jesus! Comment s'y prenaient les Romains pour draguer? Quelles sont les leçons que toute puella doit connaitre? Le plus amusant en dehors des détails cocasses, c'est l'incroyable intemporalité de ce livre... Comme quoi tant que le monde sera monde...On s'est compris.


"Siparmi vous, Romains, quelqu'un ignore l'art d'aimer, qu'il lise mes vers; qu'il s'instruise en les lisant, et qu'il aime. Aidé de la voile et de la rame, l'art fait voguer la nef agile; l'art guide les chars légers : l'art doit aussi guider l'amour. Automédon, habile écuyer, sut manier les rênes flexibles; Tiphys fut le pilote du vaisseau des Argonautes. Moi, Vénus m'a donné pour maître à son jeune fils : on m'appellera le Tiphys et l'Automédon de l'amour.
L'amour est de nature peu traitable; souvent même il me résiste; [1,10] mais c'est un enfant; cet âge est souple et facile à diriger.

Plan [1,35-40]
Soldat novice qui veux t'enrôler sous les drapeaux de Vénus, occupe-toi d'abord de chercher celle que tu dois aimer; ton second soin est de fléchir la femme qui t'a plu; et le troisième, de faire en sorte que cet amour soit durable. Tel est mon plan, telle est la carrière que mon char va parcourir, [1,40] tel est le but qu'il doit atteindre.

Où chercher ? [1,41-262]
À Rome même [1,41-66]
Tandis que tu es libre encor de tout lien, voici l'instant propice pour choisir celle à qui tu diras : "Toi seule as su me plaire." Elle ne te viendra pas du ciel sur l'aile des vents; la belle qui te convient, ce sont tes yeux qui doivent la chercher. Le chasseur sait où il doit tendre ses filets aux cerfs; il sait dans quel vallon le sanglier farouche a sa bauge. L'oiseleur connaît les broussailles propices à ses gluaux, et le pécheur n'ignore pas quelles sont les eaux où les poissons se trouvent en plus grand nombre.
Toi qui cherches l'objet d'un amour durable, [1,50] apprends aussi à connaître les lieux les plus fréquentés par les belles. Tu n'auras point besoin, pour les trouver, de mettre à la voile, ni d'entreprendre de lointains voyages. Si pour te captiver, il faut une beauté naissante, dans la fleur de l'adolescence, une fille vraiment novice viendra s'offrir à tes yeux; si tu préfères une beauté un peu plus formée, mille jeunes femmes te plairont, et tu n'auras que l'embarras du choix. Mais peut-être un âge plus mûr, plus raisonnable, a pour toi plus d'attraits ? alors, crois-moi, la foule sera encore plus nombreuse.

Au forum [1,79-88]
Le Forum même (qui pourrait le croire ?) est propice aux amours : [1,80] plus d'une flamme a pris naissance au milieu des discussions du barreau. Près du temple de marbre consacré à Vénus, en ce lieu où la fontaine Appienne fait jaillir ses eaux, souvent plus d'un jurisconsulte se laisse prendre à l'amour; et celui qui défendit les autres ne peut se défendre lui-même. Là, souvent les paroles manquent à l'orateur le plus éloquent : de nouveaux intérêts l'occupent, et c'est sa propre cause qu'il est forcé de plaider. De son temple voisin, Vénus rit de son embarras : naguère patron, il n'aspire plus qu'à être client.

Au théâtre [1,89-134]
Mais c'est surtout au théâtre qu'il faut tendre tes filets : [1,90] le théâtre est l'endroit le plus fertile en occasions propices. Tu y trouveras telle beauté qui te séduira, telle autre que tu pourras tromper, telle qui ne sera pour toi qu'un caprice passager, telle enfin que tu voudras fixer. Là, souvent leur multitude a tenu mon choix en suspens. Elles viennent pour voir, elles viennent surtout pour être vues : [1,100] c'est là que vient échouer l'innocente pudeur.
"