




Cette semaine, place à de nouvelles découvertes poétiques qui nous dévoilent les steppes et les neiges slaves... J'ai retrouvé au fin fond de ma bibliothèque une anthologie de poèmes russes, et je dois dire que les poèmes de Lermontov m'ont particulièrement touchée. Alors en ces temps de fin d'année, laissons nous gagner par cette étrange force mélancolique propre à la littérature russe...
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"Oh! non ce n'est pas toi que j'aime avec ardeur,
L'éclat de ta beauté ne m'éblouit plus guère,
Mais je chéris en toi mon ancienne douleur,
Ma jeunesse perdue et qui me reste chère.
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Si je plonge parfois mon regard dans le tien,
Et si sur toi mes yeux viennent errer sans cesse,
Si je m'absorbe ainsi dans de longs entretiens,
Non ce n'est pas à toi que mon âme s'adresse.
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Mais je parle à l'amie émouvante d'antan,
Je cherche en ton visage une image secrète,
Le feu des yeux éteints dans ton regard vivant,
sur ta bouche, une bouche à tout jamais muette..."
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1841, Michel Lermontov, Le songe
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"Je l'aime mon pays, d'un amour si puissant
Que la froide raison ne le pourrait comprendre,
Car ni la gloire acquise au prix de notre sang,
Ni l'orgueil confiant, ni les vieilles légendes
Ne peuvent m'inspirer de rêves apaisants.
Mais sans savoir pourquoi, seuls cependant m'émeuvent
Les steppes, leur silence étrange et souverain,
Les ondulations de ces forêts sans fin
Et, pareil à la mer, l'estuaire des fleuves.
J'aime les cahots de la télègue en voyage
Quand, dans l'obscurité, cherchant un vain regard
Un asile, je vois luire le brouillard
Quelques feux triomphants en de tristes villages;
J'aime ces champs roussis, leur légère fumée,
Une steppe où bivouaque un nomade charroi,
parmi tant de blondeurs, la colline embrumée,
Et le couple isolé de pâles bouleaux droits.
J'éprouve un vrai bonheur à voir la grange pleine,
L'isba au toit de paille, aux volets décorés;
Le soir, jusqu'à minuit, je voudrais admirer
A la fête rustique une danse ancienne,
Les pas et les propos des moujiks enivrés...
1839, Le pays natal